
CHANGER D'ANGLE
MISE EN SCÈNE
CLAUDIA MONGUMU
AVEC
JORDAN REZGUI DE LA COMÉDIE FRANCAISE, PAUL LE CUZIAT, ELIOTT LERNER
« Et si on changeait d’angle ? » : voici le titre de la bande dessinée (écrite et illustrée par Fanny
Vella) qui m'a donné envie de mettre en scène un projet autour de la parentalité. Non pas tant pour parler de parents et d'enfants de manière anecdotique, mais pour questionner le concept de famille, en ce qu’il représente la première micro-société dans laquelle chaque individu est façonné
et apprend à être au monde. "Toutes les grandes personnes ont d'abord été des enfants, mais peu d'entre elles s'en souviennent", nous disait Saint-Exupéry en introduction du "Petit Prince". Cette citation éclaire, selon moi, un angle que je crois mort dans notre société qui est celui de notre manque d’empathie vis-à-vis des violences “ordinaires” subies par les enfants. Et cette violence que nous trimballons longtemps après l'époque de l'enfance, a un impact sur les rapports que nous entretenons au sein de l'environnement social qui sera le nôtre à l'âge adulte.
Dans sa BD, Fanny Vella traite de ces violences éducatives ordinaires (VEO) par transposition : qu'en serait-il si l'on faisait vivre aux adultes les violences physiques et psychologiques que l'on impose quotidiennement aux enfants "pour leur bien", en premier lieu au sein de la structure familiale, qui est l'endroit où les droits des enfants sont le moins respectés. J'ai d'abord eu envie d'adapter le travail de Fanny Vella sur la scène en donnant la parole à des comédiennes et comédiens qui auraient pour point commun de faire l'expérience de la parentalité et le souhait de partager leurs questionnements. Puis, chemin faisant, j'ai ressenti le besoin de donner la parole uniquement à des comédiens-hommes. Pour changer d'angle, précisément.
Donner la parole aux pères, pour faire entendre des voix que l'on entend que trop peu : celle d’une paternité incarnée par des hommes qui choisissent d'être acteurs d’un changement de paradigme. Et regarder au plus près, dans l’intimité de leur pensée, ce que cela implique aujourd’hui pour un homme de questionner son rôle de père et son rôle d’homme au sein de la famille et du foyer, ce que cela peut faire surgir comme peurs, doutes ou douleurs. Mettre en scène des pères «modernes », qui choisissent de questionner et déconstruire la masculinité souvent toxique dans laquelle ils ont baigné et dont ils ont hérité afin d'’offrir à leur progéniture -– et donc au monde -
les fruits d'’une masculinité plus saine et vertueuse. Les femmes ont fait et continuent de faire leur part -– et souvent bien plus -, alors je crois qu'’il est temps de faire résonner les voix des hommes qui souhaitent être leurs alliés.
Mon choix s’est naturellement porté sur trois comédiens et pères qui me sont chers et dont la parole mérite, selon moi, d'’être entendue, en ces temps de trouble où la nuance et la complexité se font trop rares.
Je souhaite, en leur donnant la parole, faire naître des passerelles entre des hommes en chemin
vers une paternité que j’estime plus vertueuse et des femmes qui souhaitent garder ou retrouverespoir dans le fait que les hommes peuvent, et doivent, entrer en résistance si nous souhaitons
aller collectivement vers la fabrication d’un monde plus apaisé. Montrer aussi la difficulté du chemin, les soubresauts et les aspérités d’une déconstruction qui est en réalité collective et relationnelle. Si nous souhaitons changer le monde, commençons par changer notre monde, et en premier lieu la société dans laquelle nous régnons souvent en maîtres et maîtresse lorsque nous
avons la lourde responsabilité d’être parents : notre famille.
